Non classé

Assises du Centenaire (25-27 mars 2019) – Compte-rendu

Le centenaire de la Première Guerre mondiale a donné lieu à une action pédagogique nationale, menée par la « Mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale » (site officiel).

L’Association des professeurs d’histoire et de géographie (APHG) a développé un partenariat solide avec la Mission du Centenaire dès 2013 et de nombreuses initiatives de l’APHG ont été associées aux commémorations du Centenaire de la première Guerre mondiale : fichier pdf Le centenaire à l’école – APHG éd 2019

Du 25 au 27 Mars 2019, la Mission a organisé un temps de restitution et un bilan des actions éducatives menées depuis 2012 lors des Assises du Centenaire, à Bordeaux. Voici un compte-rendu de ces Assises par des membres de la Régionale d’Aquitaine.

kroll

——————————————————————————————————————————————————————————

Compte-rendu de l’APHG Aquitaine

Assises pédagogiques du Centenaire de la Première Guerre mondiale 1914-18

Bordeaux

25-26-27 mars 2019

L’APHG Aquitaine était présente aux Assises pédagogiques du Centenaire de la Grande Guerre, qui se sont déroulées à Bordeaux du 25 au 27 mars, et qui ont été, balayons tout suspens, une franche réussite. Le bilan qui a été dressé de ces sept dernières années de travail est plus que positif. Et la bonne humeur ambiante n’a pas été contrariée par la polémique actuelle sur la prétendue suppression de l’étude de la bataille de Verdun des programmes scolaires d’Histoire-Géographie (pour le lycée général et technologique). Sur ce point, le Ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, a défendu pendant quelques minutes dans son discours de clôture, la position de l’École de la République vis-à-vis des attaques dont elle fait l’objet depuis plus d’une semaine. Et même si les enjeux étaient ailleurs, ces revendications émanant essentiellement d’hommes et de femmes politiques, qui révèlent surtout une profonde méconnaissance des sujets liés à l’enseignement actuel (ou passé) de l’histoire en France, ont permis de réaffirmer la place du professeur d’Histoire-Géographie (et d’EMC) dans la formation des futurs citoyens et dans la société en général, mais aussi et surtout, de rappeler que la Première Guerre mondiale, du haut de ses cent ans reste un sujet « délicat » et toujours actuel en 2019.

Les Assises pédagogiques : la conclusion d’un long cycle mémoriel consacré à la Grande Guerre

Ces trois journées (lundi après-midi, mardi toute la journée et mercredi matin) nous ont tous montré que le temps de la commémoration du premier conflit mondial (ou de tout autre évènement historique) ne se résume pas uniquement à la célébration. Si cette dernière constitue évidemment un moment indispensable de toute commémoration (et nous l’avons vu le 11 novembre 2018 lorsque le temps d’une journée, les yeux du monde étaient rivés sur la France pour célébrer sur son sol le centième anniversaire de l’Armistice de la Première Guerre mondiale), elle ne doit pas éclipser l’ensemble du travail réalisé en amont, pendant sept ans, qui fut mené par l’École dans son ensemble. La tenue des Assises du Centenaire avait donc pour principal objectif de rendre compte de cette formidable mobilisation de la communauté éducative, mais aussi de raconter quelques histoires véritables témoignant de l’émotion et de la passion suscitée chez les élèves et leurs familles grâce à ce fourmillement pédagogique. Si dans sa classe le professeur d’histoire-géographie doit manier ces sentiments avec précaution, il a été rappelé pendant ces Assises que le Centenaire a pu jouer un rôle de déclencheur d’émotion, et qu’il fallait bien-sûr s’en féliciter. Toutefois il existe un point noir dans ce beau rouage : le temps. Si la Mission du Centenaire[1] et les différents acteurs sur le terrain se sont félicités d’avoir eu énormément de temps pour mener à bien leurs actions, ce n’est pas le cas des invités qui sont intervenus sur la scène de l’Athénée municipal de Bordeaux. Restituer des dizaines de projets, détailler des actions pédagogiques pluridisciplinaires aussi variées que nombreuses, diffuser de courtes vidéos ou des extraits de bande dessinée en direct, et discuter de tout cela avec des auditeurs attentifs et passionnés reste déjà un exercice très difficile. Le faire en quatre demi-journées a relevé de l’exploit. Et il vrai que beaucoup d’intervenants auraient souhaité disposer davantage de temps, tout comme bon nombre d’auditeurs qui ont posé énormément de questions à la fin de chaque intervention.

C’est à l’Académie de Bordeaux qu’est revenu l’honneur d’accueillir et d’organiser cet évènement mettant fin au volet pédagogique du cycle mémoriel national consacré à la Première Guerre mondiale. Ville de l’arrière (comme l’ensemble du Sud-Ouest), la préfecture de la Gironde était devenue le temps d’un automne (de septembre à décembre 1914), la capitale provisoire de la France, face à l’avancée vers Paris des forces allemandes jugée inquiétante par le Gouvernement de l’époque. Elle fut sollicitée une deuxième fois durant la Grand Guerre, avec l’installation du quartier général américain de la base n°2 du Service of Supply (réception, organisation de l’approvisionnement et du ravitaillement) à Bassens en 1917, dès l’entrée en guerre des États-Unis dans le conflit. Une exposition « 1917 : Voilà les Américains » s’est d’ailleurs tenue à Bordeaux de juillet 2017 à janvier 2018 (labélisée elle-aussi par la Mission Centenaire) et a rencontré un franc succès[2]… Enfin, comme l’ensemble des communes françaises, Bordeaux a payé un lourd tribut lors de la Grande Guerre, que ce soit par l’envoi de soldats sur les différents fronts occidentaux et orientaux, ou par la mobilisation des femmes dans les usines d’armement locales. La légitimité de Bordeaux pour recevoir ce type d’évènement ne s’est pas posée qu’en des termes historiques, soyons rassurés ! Mais il est toujours utile de rappeler quelques faits historiques s’étant déroulés, afin de voir qu’ils s’imbriquent de près ou de loin aux thèmes discutés pendant trois jours, et de voir que Bordeaux n’a pas été choisie complètement au hasard.

Le programme[3] des trois jours était particulièrement riche : discours de différents Recteurs ou Inspecteurs généraux ; conférences de haute volée scientifique d’Antoine Prost[4] et de Rémy Cazals ; quatre tables rondes et dix ateliers collectifs réunissant des collègues porteurs de projets venus de toute la France ; présentations de plusieurs films, notamment le documentaire de 2016 « Là où poussent les coquelicots » projeté à l’Athénée ou le film de 1931 « Les Croix de bois » projeté dans une salle du cinéma Utopia. Les thèmes abordés ont permis à la fois de présenter un certain nombre d’initiatives et de projets pédagogiques menés (pédagogie de projets, séances dirigées à plusieurs voix, pluridisciplinarité etc.), mais aussi de réfléchir au sens, aux diverses retombées (sociales, économiques, politiques et bien-sûr éducatives) et au devenir de ces actions pédagogiques conduites pendant toute la période du Centenaire. S’il n’est pas raisonnable de tenter de résumer l’ensemble des interventions de ces journées en quelques lignes, il est toutefois nécessaire de rappeler que ces commémorations ont été l’occasion pour beaucoup d’entre nous d’avancer ensemble, de créer une émulation scientifique (au regard des débats historiographiques, impossible il y a dix ans encore, et qui ont permis de mettre en marche la réflexion) et pédagogique, intéressant la jeunesse à des objets historiques lointains (dans le temps bien-sûr, mais aussi relativement éloigné de leur univers quotidien).

Le Centenaire, moment d’expression privilégié des initiatives pédagogiques

La traduction concrète du Centenaire dans les écoles primaires, les collèges et les lycées (généraux, technologiques, professionnels, agricoles) n’a pu se faire sans une synergie complète entre tous les acteurs intervenants de près ou de loin dans l’enseignement de la Première Guerre mondiale. En premier lieu le monde académique avec les hommes et les femmes de terrain, véritables fers de lance de toute cette campagne, dont les maîtres et les maîtresses du premier degré, les enseignants du second degré venant de toutes les disciplines (histoire-géographie, lettres, arts plastiques, langues, sciences, documentalistes etc.), les universitaires qui permirent une transposition pédagogique de certaines des dernières avancées historiques (car les représentations et le traitement scientifique de la Grande Guerre évoluent), les services éducatifs (dont les archives), les référents « mémoire et citoyenneté », les partenaires et les responsables académiques et nationaux de l’Éducation Nationale, les opérateurs (CANOPÉ) etc. Et en dehors du monde académique, il a fallu compter sur les institutions mémorielles (le musée de la Grande Guerre à Meaux, Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême avec l’exposition Tardi et la Grande Guerre en 2014, le mémorial de Verdun, l’historial de la Grande Guerre de Péronne pour n’en citer que certains), les sociétés savantes historiques, les associations, les acteurs ministériels (DPMA) etc.

Ce Centenaire a permis d’intégrer les nouvelles connaissances ainsi que les nouvelles approches de la Grande Guerre développées par le monde universitaire (dans le cadre ou non de la Mission Centenaire) en direction (mais pas que) de l’enseignement du second et du premier degré (avec toute la décomplexification qui incombe aux enseignants). Les acteurs chargés de transmettre ces connaissances auprès des élèves, de faire éclore et d’organiser les projets commémoratifs scolaires sont porteurs d’une mémoire renouvelée du conflit, et se sont largement appuyés sur les ressources (archives municipales et départementales) et les matériaux (mémoires et histoires personnelles et collectives) locaux disponibles. Qu’il s’agisse d’académies de « l’arrière » ou du « front », la labellisation de certaines des initiatives n’a en aucun cas été exclusive. La preuve en est puisque la première académie en termes de projets labellisés reste celle de Toulouse (qui est également l’une des plus grandes du pays), avec 210 projets soumis et 172 projets labellisés. Les Assises du Centenaire ont également mis en exergue des initiatives collectives, portées par des enseignants passionnés qui ont d’abord mené leurs actions en des termes de proximité. C’est à partir de leur territoire proche que ces derniers ont pensé, chacun dans leur domaine, le Centenaire. Cela explique sûrement le succès de ces projets, tant du point de vue pédagogique que de leur insertion dans le paysage socio-économique local en mettant à jour des liens importants avec des acteurs qui se situent hors du monde académique (associatif, politique, économique etc.). Cette résonnance dans la société civile reste d’abord un élément valorisant pour tous ceux qui en sont à l’origine. La reconnaissance de ces travaux hors de l’École traduit un intérêt toujours présent, sûrement renouvelé, des citoyens pour la Première Guerre mondiale. De nouvelles approches, de nouveaux points de vue et de nouveaux outils ont donc été développés durant ce Centenaire par le monde de l’éducation pour répondre aussi à une nouvelle demande citoyenne.

Les nombreux intervenants à ces journées dont une grande majorité était des enseignants, ont sans cesse martelé que la jeunesse s’intéressait aux mémoires, notamment celles de la Première Guerre mondiale, et qu’elle s’était largement mobilisée en faveur de celles-ci. La guerre 14-18 (dont les dates restent l’apanage de la France, alors que certains pays européens comme la Grèce par exemple, ont privilégié d’autres chronologies) reste un évènement planétaire qui a largement contribué à construire le monde contemporain. Premier cycle mémoriel d’une telle envergure, ces commémorations ont largement sollicité le monde éducatif dans son ensemble, qui a répondu présent dès le départ.  Et ces Assises du Centenaire de la Première Guerre mondiale ont été une réussite totale. D’abord d’un point de vue quantitatif, ce qui s’est traduit par une très forte mobilisation de tous les territoires (ceux directement concernés par la Grande Guerre comme le Nord-Est de la France, mais d’autres également) : des dizaines de milliers de participants ont répondu à l’appel, près de 2.000 projets labellisés ont vu le jour, d’importants moyens financiers ont été alloués (que ce soit par la Mission Centenaire, la DPMA, les régions, les départements, les collectivités territoriales locales, les établissements, les associations etc.), et d’innombrables évènements de portée nationale et internationale se sont déroulés (dont les plus médiatisés furent ceux de Rhetondes ou de Paris pour n’en citer que deux) constituant une véritable vitrine internationale pour notre École. Ensuite d’un point de vue qualitatif, puisque les élèves au cœur de tout cet engouement, de la conception aux retombées, en passant par la réalisation des projets, en sont pour la plupart ressortis grandis. C’était d’ailleurs là le principal intérêt de la chose. Dans un contexte sociétal délicat pour les jeunes générations (multiplication de la diffusion de fausses informations, remise en cause de la parole enseignante, montée des extrêmes politiques, usage quotidien des réseaux sociaux dans tout ce qu’ils peuvent contenir de mauvais etc.) qui sont en plus confrontées concernant la Première Guerre mondiale, à une perte de repères historiques (disparitions des grands témoins dont en premier lieu les Poilus, dissolution importante de la mémoire sociale et familiale, sentiment de ne pas connaître une période très voire « trop » éloignée etc.), le Centenaire est apparu pour beaucoup comme un second souffle.

 

Quel post-centenaire ?

La dernière demi-journée fut l’occasion d’évoquer un après Centenaire de la Première Guerre mondiale. Et ce, pour tous les acteurs impliqués, quelque ce soit leur champ d’action. S’il faut nécessairement un temps de la commémoration, il faut également des temps « creux », dits normaux, sans qu’un évènement relevant de l’exceptionnel (comme ce fut le cas pour le Centenaire de la Première Guerre mondiale) ne devienne habituel, et n’installe enseignants et élèves dans une sorte de routine de la commémoration. Mais se posent de véritables questions, techniques ou de fond. Comment exploiter tout ce cumul d’intérêt, de savoirs et de connaissances ? Que faire des multiples réalisations et des projets ? Où et comment garder trace de l’ensemble de ces travaux ? Qui doit se charger de leur conservation ? Pourront-ils être consultables par les enseignants dans l’optique de les réutiliser dans les mois et les années futures ? Emmanuel Laurentin (journaliste à France Culture et animateur de l’émission La Fabrique de l’Histoire) invité pour l’occasion posa la question en des termes très clairs : « comment faire fructifier toute cette émulation ? ». Un certain nombre de réponses ont été apportées, même si l’orientation définitive des futures actions n’est semble-t-elle pas encore suffisamment claire et explicite, notamment pour les enseignants qui ne souhaitent pas voir tomber dans l’oubli leurs propres travaux, ainsi que ceux de leurs collègues. D’ores et déjà, côté institutionnel, la chaîne YouTube officielle de la Mission du Centenaire regroupera toutes les vidéos issues de ces Assises, ainsi que des travaux antérieurs à ces journées. Le site Internet même du Centenaire de la Première Guerre mondiale (http://centenaire.org/fr) sera maintenu et restera flottant pendant deux ans. Les archives papiers quant à elles seront transférées aux Archives Nationales (Paris). Côté enseignant des initiatives fleurissent aux niveaux académiques pour regrouper et diffuser les travaux labellisés des enseignants et de leurs classes sur les sites Internet dédiés (ceux des rectorats notamment). Concernant la dynamique mémorielle à proprement parlé, beaucoup d’enseignants ont rappelé qu’ils n’avaient pas attendu la formalisation institutionnelle de la Mission centenaire pour travailler ces questions mémorielle et commémoratives avec les élèves. De plus, il appartient aux professeurs (d’histoire-géographie, de français, d’histoire-géographie-lettres, les maîtres et les maîtresses…) d’exploiter les richesses des programmes officiels de leurs disciplines respectives pour perpétuer ce travail mémoriel. Enfin les comités départementaux et académiques du centenaire seront vraisemblablement transformés en comités mémoriaux perpétuels.

À l’heure où ce cycle mémoriel dédié au conflit 14-18 s’achève, et où collectivement nous avons fait le bilan de ce qui a été réalisé, des opportunités nouvelles s’ouvrent à nous. Le Centenaire de la Première Guerre mondiale n’a fait qu’ouvrir le chemin de ce qui pourra être fait par la suite. La perspective réjouissante de transposer à d’autres objets historiques (à d’autres conflits ou à d’autres commémorations par exemple) ce même dispositif mémoriel n’est pas à exclure. Et certains dans la salle n’ont pas hésité à soumettre l’idée de l’étude progressive d’une mémoire du Centenaire, pour elle-même, en tant qu’objet historique spécifique. Le Centenaire de la Grande Guerre aurait alors joué le rôle de laboratoire d’expérimentation, et pourrait être appréhendé à partir d’une lecture dite mémorielle (relevant de la mémoire immédiate) applicable à la commémoration des conflits contemporains. Cette piste de réflexion demande certes à être approfondie, tant elle impose à l’historien de se poser des questions de fond : qu’avons-nous voulu dire et transmettre à travers ce Centenaire ? En direction de qui ? N’y a-t-il pas un risque que l’on étudie uniquement la mémoire du Centenaire (ses objectifs, les débats soulevés, les actions menées, les retombées…) au détriment de la Première Guerre mondiale et de ses mémoires ? Quoiqu’il en soit, l’École a un rôle à jouer dans tout cela. Elle seule peut catalyser autant d’initiatives collectives autour des élèves, et créer une dynamique mémorielle d’ampleur nationale capable de redécouvrir et de rouvrir une page de notre histoire et de notre mémoire que l’on sait, à vif.

 

Pour l’APHG Aquitaine,

Victor Piganiol


[1] La Mission du Centenaire fut créée en 2012 par le Gouvernement français avec pour principal objectif de planifier et de mettre en œuvre sur l’ensemble du territoire français (et au-delà) le programme commémoratif du Centenaire de la Première Guerre mondiale

[3] Le programme est consultable à l’adresse suivante (http://centenaire.org/sites/default/files/references-files/programme_assises_pedagogiques_centenaire.pdf) ainsi que les fils Twitter de l’APHG Aquitaine et d’autres comptes avec le mot-clé #AssisesCentenaire

[4] Président du conseil scientifique de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale.

Pas encore de commentaire.

Ajouter votre réponse

AFUL " LA RESIDENCE DE LA P... |
GILTZARRIA, à l'école de la... |
Autodétermination-tibet |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CFTC Schindler ascenseurs
| azia
| Nos Campagnes sans ogm